Notre histoire

I. PREAMBULE

Depuis pratiquement un demi-siècle, le Burundi vit dans une tourmente infernale, faisant de ce beau pays de l’Afrique centrale un des États les plus troublés de la planète. L’opinion nationale qui prend de plus en plus conscience de cette situation n’est pas écoutée comme il conviendrait par les décideurs politiques, d’autant plus que la presse internationale n’est pas suffisamment informée des causes profondes du drame qui se joue dans ce pays.

Pourtant, le caractère répétitif d’un cycle infernal de violence dans lequel est plongé le peuple burundais appelle celui-ci à une plus grande prise de conscience pour sortir de cette tragique situation. Des décennies de terreur, ponctuées par des massacres génocidaires, ont rythmé la vie politique dans ce pays où la « génétique » peut décider de la vie comme de la mort d’un citoyen, de sa réussite comme de son échec, de son ascension sociale comme de sa chute.

Alors que l’Humanisme célèbre les vertus de dignité, de liberté et les capacités de connaissance de l’être humain depuis des millénaires, la raison humaine affranchi l’homme de son groupe pour en faire un individu libre et responsable de lui-même et de ses actes. Au Burundi, on est encore loin dans la pratique de cette logique humaine : l’homme n’est rien en dehors de son groupe ethnique. La faute comme la gloire sont à mettre sur le dos de l’ethnie, les responsables de crimes de toute nature ne portent jamais de noms, ils sont anonymes, ils appartiennent plutôt à une ethnie différente ou viennent d’une région différente. Pour les victimes c’est la même chose, elles ne répondent pas à une identité individuelle mais elles traînent leur appartenance ethnique qui constitue à la fois leur identité et leur préjudice. Cette globalisante façon de réfléchir et de fonctionner est à la base de la dilution de la responsabilité personnelle et de la possibilité de répondre de ses actes ou d’être promus du fait de sa compétence.

Bien que le Burundi soit une République, dotée d’une constitution, d’institutions telles que le parlement, le sénat, les instances judiciaires, etc. qui devraient fonctionner comme dans un Etat moderne, l’instinct de barbarie domine toujours la vie politique du pays. Cette ambivalence maintient le pays dans une dictature qui fonctionne sous couvert de démocratie. Les institutions qui en émanent décrédibilisent complètement le fonctionnement de l’Etat parce que dépourvues de toute transparence et de l’obligation de rendre compte de ce qu’elles font ou ne font pas.

Cet état de fait a constamment plongé le pays dans un système d’enchères perpétuelles pour l’élimination de l’autre ethnie sous les yeux d’une communauté internationale passive et médusée. Habituée à ces crimes, la communauté internationale a fini par considérer ce fonctionnement comme endémique, fonctionnement dont le pays refuse de sortir.

Une autre pratique qui s’installe dangereusement est celle de trouver normal de tuer l’autre au nom d’une légitime défense par anticipation sans que personne ne s’en émeuve ou que la machine judiciaire se mette au travail. Aujourd’hui, certains burundais vont encore plus loin quand ils trouvent naturel de tuer les gens de leur propre ethnie pour le simple péché de ne pas appartenir au parti au pouvoir ou celui qui compte une majorité des « siens ».

Bien qu’après dix ans d’une guerre civile à l’issu de laquelle une négociation a abouti à une forme d’entente entre les seigneurs de la guerre de chaque ethnie, une vraie discussion sur les questions de sécurité reste toujours d’actualité.

La sécurité est un enjeu important au Burundi. Elle est prise ici dans son aspect global, celui de la sécurité nécessaire à l’épanouissement de l’être humain. Elle est au cœur de la stratégie de consolidation de la paix et de la reconstruction nationale.

Le Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie (MSD) place le respect de la vie au centre de ses préoccupations. C’est pourquoi pour le MSD, la sécurité humaine va de l’aspect physique au respect des droits élémentaires tels que la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire, la sécurité politique, la sécurité juridique et la sécurité communautaire. Il faut une volonté politique pour résoudre ces problèmes de sécurité et une ardente détermination des décideurs politiques d’assurer la dignité et la liberté individuelle à leur peuple pour que les populations jouissent de leurs droits légitimes. C’est autour de ces convictions que vont s’articuler les actions du Mouvement pour la Solidarité et la Démocratie au Burundi.

II. LES FONDEMENTS HISTORIQUES DU MSD

Les fondateurs du MSD croient fermement que l’insécurité communautaire et politique telle que nous la connaissons au Burundi, tire son origine dans l’absence de dialogue ouvert et donc dans le refus de la démocratie. Les héritiers de l’indépendance, après la mort du Prince Rwagasore, ayant été incapables de privilégier le dialogue pour la succession du leadership, ont créé les conditions d’une insécurité permanente au lendemain du 13 octobre 1961.

C’est cette déchirure qui a sonné la fin de la démocratie, ouvrant par la suite le chantier de la construction d’une République absolutiste. Avec des militaires jouant le rôle de monarques absolus, selon un modèle adapté à notre époque, le Burundi a écrit son histoire contemporaine avec le sang de ses propres citoyens. Pour garder le pouvoir et refuser la démocratie, l’appareil militaire gouvernemental a prétendu défendre la minorité tutsi contre ce qui fut appelé le « péril hutu ».

La courte expérience démocratique de 1993 est brisée par l’assassinat du président Melchior Ndadaye et provoque immédiatement l’insécurité dans tout le pays : des massacres de paysans tutsi et le début d’une guerre qui a emporté plusieurs milliers de vies humaines. Toutes les familles ont été affectées. Il est difficile de trouver une famille qui n’a pas perdu un être cher. Cette guerre qui va se terminer par l’élection d’un autre pouvoir militaire aux relents également absolutistes maquillés de démocratie, consacre le vrai résultat d’une politique discriminatoire qui a institutionnalisé comme mode de gouvernement l’exclusion.

La duplicité du langage, le non respect de la parole donnée ont été érigés en mode de gouvernement, comme cela a été le cas depuis la convention de septembre 1994 jusqu’aux récents Accords d’Arusha. Il en résulte que les citoyens burundais ont perdu progressivement la confiance dans leurs dirigeants qui font échouer année après année la mise en œuvre des réformes démocratiques promises.

La jeunesse, en particulier, exprime un grand dégoût et affirme manquer de repères civiques. Bon nombre parmi les jeunes en sont arrivés à penser comme bien d’autres que faire la politique au Burundi revient à répondre aux sirènes du mensonge, de la corruption organisée, qui favorisent le pillage des biens de l’État et permettent la course effrénée et impunie vers l’enrichissement malhonnête.

Cette tendance constitue un grave danger pour notre avenir commun, sans oublier qu’elle entraîne la perte des valeurs traditionnelles d’Ubushingantahe (la droiture) sur lesquelles notre pays a érigé sa dignité dans cette région africaine des Grands Lacs.

C’est pourquoi le MSD estime qu’il est plus que grand temps de réhabiliter la vie politique, recréer un sentiment d’appartenance nationale qui place les intérêts supérieurs de la population au dessus des égoïsmes corporatistes et partisans et notamment ceux liés à l’ethnisme et au régionalisme.

Ces fléaux qui ont caractérisé les pouvoirs au cours des dernières décennies, en dépit des avancées démocratiques réelles que le Burundi a connues pendant ce temps, doivent disparaître. Sans délai.

Compte tenu de ce qui précède, il est urgent de rappeler aux Barundi que le pays a encore des chances, que de vrais Bashingantahe existent encore et qu’il est un devoir pour chacun de les rassembler autour d’un mouvement d’idées novatrices qui redonnent la fierté à notre Nation.

Nous affirmons que le pouvoir absolu est la source de toutes les difficultés. Nous soutenons que l’absence de démocratie provoque l’insécurité et que l’insécurité est un obstacle à la démocratie. Pour le MSD les deux concepts sont liés. Il n’y a pas de démocratie sans sécurité et pas de sécurité sans démocratie.

Le MSD est convaincu que pour sauver le Burundi, toute pensée doit être ouverte, nous devons accepter les points de vue contraires aux nôtres, nous devons dissocier les individus des idées, et ne pas confondre les mécanismes en place avec les personnes chargées de les appliquer.