Résistance, pays bien aimé

Le désastre

Il arrive dans l’histoire des peuples des moments de grande douleur. La tyrannie s’empare du pouvoir, cultive la haine de l’autre, abolie les libertés publiques et organise le pillage sans vergogne des biens communs. A celles et ceux qui réclament le respect des lois et la dignité humaine, l’Etat répond par la violence et le meurtre. Bien armée, la dictature se croit maître du temps et de l’initiative. La raison de la force remplace la force de la raison et l’horizon s’assombrit. Face au désastre, la dignité humaine se soulève, le peuple refuse de courber l’échine : la résistance s’organise.

Ainsi va le Burundi aujourd’hui. Les citoyens qui s’opposent pacifiquement à la violation de la Constitution et réclament le respect des droits humains sont pourchassés et assassinés sous les ordres du pouvoir. Les médias citoyens qui dénonçaient les injustices et informaient le public de la marche du monde ont été attaqués et détruits par les agents de l’Etat. Rares sont les nuits qui ne sont ponctuées par les crépitements d’armes automatiques et les cris des victimes du terrorisme d’Etat. Il ne se passe de jour sans que la police boucle des quartiers populaires, oblige les citoyens à se terrer chez eux avant de faire irruption dans des maisons ciblées pour y arracher celles et ceux qui osent protester contre la tyrannie. Nuit et jour, les familles hurlent leur douleur, implorent les assassins de baisser leurs armes et de laisser tranquilles leurs enfants soupçonnés d’être des résistants, mais rien n’y fait. Les cris de détresse du peuple s’écrasent sur le mur d’indifférence et de haine d’un pouvoir qui n’a pas compris que chaque goutte de larme et de sang du peuple versée hâte sa chute finale. Chaque jour la liste des victimes des tortures et des exécutions extra-judiciaires ne cesse de s’allonger. Parfois, les corps des victimes n’ont pas droit au repos : ils sont transportés la nuit dans des véhicules banalisés et jetés au bord des quartiers populaires qui refusent de se soumettre à la barbarie. Par ce spectacle macabre et inouï, la dictature espère dissuader le peuple de poursuivre son combat pour sa liberté.

Pour avoir manifesté contre la violation de la Constitution, contre les crimes économiques et humains, plus de 4000 jeunes ont été arrêtés et sont actuellement enfermés dans des prisons surpeuplées où tout manque. Ils survivent dans des conditions infra-humaines.

L’avilissement de l’être humain, telle est la pratique du régime actuel au Burundi. Comme si la corruption, le chômage et la faim infligés au peuple ne suffisaient pas, le pouvoir ajoute de jour en jour le pire au pire. Tous les jours des jeunes gens sont enlevés des véhicules de transports en commun et emmenés vers des destinations inconnues. Tout jeune burundais est aujourd’hui menacé d’arrestation et d’assassinat au motif qu’il pourrait être un guérillero. Pour connaître le lieu où sont détenus des proches et tenter d’obtenir leur relaxe, les familles burundaises sont obligées de payer des rançons aux policiers. Parce que leur pays offre un accueil humanitaire et digne aux réfugiés burundais fuyant la terreur, tout ressortissant rwandais est soupçonné d’être un soutien potentiel aux combattants de la liberté. Il ne se passe pas un jour sans que les citoyens rwandais résidant au Burundi ne soient malmenés par les services du renseignement.

Des discours de haine ethniques anti-tutsi qui rappellent ces de la période pré-génocidaire au Rwanda sont quotidiennement prononcés par les plus hautes autorités de l’état. La dictature burundaise cherche un alibi extérieur à une piètre et cruelle gouvernance intérieure. Mais son plan cynique et machiavélique ne trompe plus personne.

Alors que les dirigeants de la communauté Est-Africaine parlent de développement et d’intégration régionale, le pouvoir burundais, lui, assassine son peuple et exporte non pas la richesse mais les réfugiés. A ce jour, plus de 400 000  burundais ont fui leur pays. Ils préfèrent la précarité de l’exil à la terreur quotidienne des miliciens du pouvoir éparpillées sur les collines.

Officiellement, un peu plus d’un millier d’opposants ont été tués par la police et les miliciens depuis les vagues de protestations populaires qui ont débutés en en Avril 2015, pour s’opposer à la violation de la Constitution par le président Nkuruziza. Mais, en réalité, le nombre des victimes du terrorisme d’Etat se compte par plusieurs milliers. « Safisha », nettoyer en langue Swahili, est le terme utilisé depuis quelques années par les chefs de la police pour ordonner la liquidation sans procès des opposants régulièrement enlevés. Le pouvoir au Burundi tue le peuple à petit feu et sans faire de bruit.

Si la communauté internationale n’y prend garde, elle risque de se retrouver demain devant un immense crime contre l’humanité dont elle aura été incapable de décoder à temps les signes précurseurs et les mécanismes d’exécution. Car la préméditation des massacres en cours au Burundi ne date pas d’aujourd’hui. On ne fabrique pas des milliers de miliciens en un jour. Depuis des années, alors que communauté internationale dépensait des sommes importantes pour former des forces de l’ordre respectueuses de la loi et du citoyen, le pouvoir, lui, préparait dans l’ombre sa police et sa milice à tirer froidement sur un peuple sans arme ! Aujourd’hui, la police au Burundi est discréditée. Elle est devenue le symbole du crime et du racket contre les citoyens.

Vais-je retrouver sains et saufs les miens ce soir ? Telle est, aujourd’hui, la hantise de chaque famille burundaise. Si vous avez la chance d’apprendre l’arrestation d’un membre de votre famille ou d’un ami, vous n’êtes pour autant pas sûr de savoir où il est détenu et s’il est en vie. N’ayant aucune information fiable sur le sort réservé aux proches, des familles des disparus vivent dans une angoisse permanente. Elles essayent de chasser l’idée qu’elles pourraient ne plus revoir qui un enfant qui un père ou un ami.

Oui, le Burundi pleure ses enfants : la mère patrie réclame des héros pour essuyer ses larmes. Notre peuple est profondément blessé mais certainement pas vaincu. Résistance pays bien aimé !


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